La tour du Brandon

Tour_du_Brandon


Reproduction de
"Les donjons romans de la Touraine"
Edouard Gatian de Clérambault.
Société Archéologique de Touraine
1905, Bulletin 15, p109.


       La tour du Brandon s'élève sur un plateau, à peu près égale distance des vallées du Cher et de l'Indre.
        Sa hauteur est d'environ 19m; le revêtement de ses murs est en moellons bruts, sauf dans l'entourage des ouvertures, qui est en pierres de taille de dimensions variables.
        Au rez-de-chaussée, ses murs ont une épaisseur de 2,35m; par suite d'un retrait dans l'intérieur de la tour, cette épaisseur n'est plus que d'environ 2m à la hauteur du premier étage.
        Ce rez-de-chaussée, dont le diamètre intérieur est de 7,90m, était complètement clos; l'ouverture par laquelle on y pénètre actuellement est moderne.
        Primitivement, la tour devait avoir plusieurs étages; on l'a abaissée à la hauteur du premier; aucun ne parait avoir été voûté.
        L'entrée a se trouvait à l'Est, au niveau du premier étage, à une hauteur d'environ 8,40m au-dessus du sol actuel; elle est rectangulaire et la partie supérieure de son linteau forme le dos d'âne; à l'intérieur, son plafond est légèrement ogival; des verrous et une barre glissant dans le mur en constituaient la fermeture; elle est surmontée d'une petite ouverture en losange.

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Les donjons romans de la Touraine, planche IV :
Tour_du_Brandon

       

Ce premier étage était éclairé par trois fenêtres b rectangulaires extérieurement, mais dont le plafond est en plein cintre; il ne contenait pas de cheminée, ni d'escalier.
        A une époque indéterminée, mais probablement postérieure à la démolition partielle de la tour, on a profité de l'élévation du rez-de-chaussée pour y construire un étage intermédiaire très bas, dont l'entrée se voit au Sud; cet étage a conservé des traces de crépi qui ne se rencontrent pas dans le reste de la tour; on y remarque un reste de cheminée sans aucun caractère.
        Au-dessus du premier étage se trouve un chemin de ronde garni de créneaux et de meurtrières, dont les côtés sont en moellons plats à peine dégrossis; il est facile de voir que cette partie est d'une date plus récente que le reste de la tour; l'appareil se compose de moellons plus plats et l'entourage des ouvertures diffère complètement de celui de la porte et des fenêtres; il semble probable qu'à la suite d'évènements dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir, la tour, privée de ses étages supérieurs, a reçu le couronnement qu'on lui voit aujourd'hui.

        Elle occupait à peu près le centre d'une baille rectangulaire de la contenance de 45 à 50 ares, défendue par des murailles non flanquées de tours de 1,40m environ d'épaisseur, et par des fossés en grande partie comblés aujourd'hui; on entrait dans la baille par un portail cintré qui n'existe plus.

Sur le cadastre :
Tour_du_Brandon

       Une vue de ce portail et de la tour se trouve dans Recherches sur les églises romanes en Touraine du VIe au XIe siècle (Texte par l'abbé J-J Bourassé et l'abbé C. Chevalier, dessins photolithographiques par M. de Lafollye, Tours, imprimerie Ladevèze, 1869, in-4º) :
Tour_du_Brandon

Une autre vue est gravée dans La Touraine, Histoire et Monuments, par l'abbé J-J Bourassé (Tours, Mame, 1856, in-folio) :
Tour_du_Brandon

       À peu de distance de l'entrée, sur la gauche, se trouve un puits profond; dans le sous-sol se croisent plusieures galeries voûtées en plein cintre et d'une hauteur moyenne de 2,30m, sur la largeur variant de 1,60m à 2,40m; aucune de ces galeries ne paraît communiquer avec la tour.

Une vue d'une des galeries (Elles sont toutes murées pour des raisons évidentes de sécurité) :
Tunnel_du_Brandon

Photo de 1890, issue du fonds iconographique de la Société Archéologique de Touraine (cote 0103-0033) :
La tour en 1890

       On ne trouve pas de traces de constructions importantes dans l'intérieur de la baille et il ne semble pas y avoir eu en cet endroit de forteresse proprement dite, mais plutôt un poste d'observation fortifié et servant peut-être en même temps de point de ravitaillement.
       Dans cette hypothèse, la tour du Brandon serait plutôt une tour à signaux qu'un donjon; située sur un point culminant (97m au-dessus du niveau de la mer), elle pouvait les transmettre aux châteaux de Montrichard (132m), de Montbazon (87m), de Reignac (96m), de Loches (124m), d'Amboise (107m), etc.
       Son origine n'est pas connue; les uns en attribuent la construction à Foulques Nerra, les autres aux comtes de Blois; comme elle ne présente aucun des caractères des forteresses élevées par Foulques, la première opinion semble devoir être écartée; quant à l'époque de sa fondation, la présence d'une ogive autorise peut-être à la placer au XIIe siècle.
       Le premier seigneur connu, Guillaume de Brandone, mourut avant 1205.
       Un aveu du 25 juillet 1583 (Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique d'Indre et Loire)nous apprend que cette tour "fut ruinée par les anglais", et que dans l'enclos "environné de murailles fort anciennes", étaient "plusieurs maisons".

Edouard Gatian de Clérambault.

Tous mes remerciements à Mr et Mme de Barberin pour le prêt des documents et la visite des souterrains.
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